Concerts, théâtre, expos, prestations techniques, stages et résidences d'artistes en Charente Limousine!
31 Mai 2011
*/Fallait pas m'énerver.../*
Lettre ouverte au GOELAND
Cher oiseau,
J'ai créé des dizaines de motifs de T-shirts pour toi, signés ou pas de mon nom, pendant presque 20 ans. C'est en 1992 qu'Olivier, l'un de tes deux fondateurs m'a contacté. Tu prenais alors ton envol, les plumes encore humides, avec un nouveau catalogue tout neuf et tu recherchais des illustrateurs. Comme tu étais issu du mouvement "rock alternatif" auquel je participais aussi à fond (le label On A Faim! sortait ses premières productions à la même époque, nostalgie...), j'acceptais volontiers, l'accord étant très réglo : chaque fin d'année, tu me reversais un pourcentage de 15% sur les ventes.
Pendant des années, tout fonctionna sans problème : je t'envoyais mes dessins et ceux qui étaient sélectionnés étaient sérigraphiés et vendus. De mon côté, je te faisais connaitre en distribuant massivement tes flyers et catalogues dans les envois de disques OAF! et sur les tables de presse partout en France. Tu vendais alors plein de T-shirts en soutien à diverses luttes dans lesquelles j'étais investi, c'était donc naturel, nous étions du même monde. En 2003, changement de programme : tu décidas brutalement de ne plus payer les illustrateurs au pourcentage et tu rédigeas désormais un contrat pour chaque visuel dans lequel l'auteur abandonne tous ses droits, l'oeuvre devenant propriété exclusive de ta société. Bon.
De nombreux camarades et collègues de crayon me mirent alors en garde sur ton évolution, t'accusant, toi le bel oiseau rebelle, de te faire de l'argent avec toute une iconographie révolutionnaire de plus en plus incompatible avec tes pratiques, mais n'ayant pas vraiment le choix, le travail rémunéré étant plutôt rare, j'acceptais et je continuais à bosser avec toi, les dessins étant à présent achetés 250 euros net (puis 300 euros à partir de 2008). En plus des T-shirts, des patchs et des badges étaient fabriqués reprenant certains de mes dessins dans leur intégralité, évidemment sans faire l'objet d'un nouveau contrat puisque tu était propriétaire de ces images. Soit.
Les choses commencèrent à vraiment se gâter entre toi et moi en 2010, lorsque je constatais dans ton catalogue que des dessins que je t'avais vendus étaient maintenant découpés en morceaux et imprimés sur divers supports : sacs, mugs, trousses scolaires, etc sans que tu ais au moins la délicatesse de me prévenir. Comme tu n'aurais jamais agi ainsi quelques années auparavant, je t'ai engueulé et tes explications n'ont pas été très convaincantes.
Enfin, voilà que je découvre dans le catalogue (et ce n'est pas la première fois, je te l'ai déjà fait remarquer) un T-shirt pompé à 80% sur un modèle refusé. Je râle une fois de plus, mais cette fois silence radio. Ca fait beaucoup ! L'oiseau rebelle est devenu un vulgaire rapace... Il suffit d'aller jeter un oeil sur ton nouveau site internet : disparus les liens alternatifs et militants, appel aux illustrations achetées 150 euros aux internautes (ben tiens !), propositions exclusivement commerciales à destination des blogs (je vire direct des miens les liens vers ce sapin de Noël). Je passe sur le ton débilitant des messages à l'adresse des teenagers constituant ta clientèle...
Sans les illustrateur(trice)s, tu n'existerais pas car tu n'aurais à vendre qu'un stock de T-shirts désespérément vierges. C'est une profession et celles et ceux qui l'ont choisi gagnent en général difficilement leur vie. Dommage que toi, qui fait ton beurre de slogans anticapitalistes, anarchistes et communistes, tu te conduises aujourd'hui comme n'importe quelle entreprise capitaliste qui ne respecte pas le travailleur.
Adieu bel oiseau, je te souhaite bon vol mais attention à l'atterrissage, le vent peut tourner et tu n'es plus depuis un bail du bon côté de la barricade...
GIL le 28/05/11